TRIBUNE – PARTIE 3/3 DU SÉNATEUR JEAN BAMANISA SAÏDI : RDC, des défis de l’État à l’urgence d’une transformation profonde de la gouvernance pour reconstruire l’avenir national

Kinshasa – Dans la troisième et dernière partie de sa tribune consacrée au « Pacte de Méritocratie Politique par un Renouveau Technocrate, Patriotique et Nationaliste », le sénateur Jean Bamanisa Saïdi présente une feuille de route qu’il estime immédiatement applicable pour transformer la gouvernance en République démocratique du Congo. Sans appeler à une révolution institutionnelle, il défend une réforme profonde des pratiques administratives et politiques, fondée sur la compétence, la transparence, la responsabilité et l’intérêt général.

Selon lui, la RDC dispose déjà des textes nécessaires pour amorcer ce changement. Il plaide avant tout pour leur application effective, leur actualisation lorsque cela s’impose et leur mise en œuvre sans attendre de nouvelles réformes constitutionnelles.

Huit réformes applicables sans délai

Au cœur de cette dernière partie de la tribune figurent huit réformes que l’ancien gouverneur de l’Ituri estime réalisables avant même la fin de l’exercice budgétaire en cours.

La première concerne la réforme des nominations publiques. Jean Bamanisa Saïdi propose de généraliser les concours ouverts à l’ensemble des entreprises et établissements publics, avec des commissions indépendantes d’évaluation, la publication des critères de sélection ainsi que des procès-verbaux des recrutements. Il estime également que les cabinets ministériels devraient être soumis aux mêmes exigences de compétence et de transparence.

La deuxième réforme vise la commande publique. L’auteur réclame la publication systématique de tous les marchés publics, depuis les appels d’offres jusqu’aux rapports d’exécution, afin de renforcer la lutte contre les surfacturations et les pratiques opaques.

Troisième axe : l’application effective du Code de conduite de l’agent public de l’État, qu’il juge largement ignoré malgré sa valeur juridique. Il propose que ce texte soit enseigné, affiché dans les administrations, signé lors de chaque prise de fonction et invoqué devant les juridictions compétentes.

La quatrième réforme introduit une véritable culture du résultat. Chaque ministre, gouverneur ou mandataire public devrait recevoir une lettre de mission assortie d’indicateurs précis et rendre compte publiquement de son action sous le contrôle de l’Inspection générale des finances. Pour le sénateur, l’absence de résultats devrait entraîner automatiquement la fin du mandat.

La cinquième réforme porte sur la formation de la relève. Jean Bamanisa Saïdi préconise le développement d’écoles spécialisées dans des secteurs stratégiques tels que l’agronomie, le génie civil, l’urbanisme, les finances publiques ou encore la négociation des contrats internationaux.

La sixième réforme concerne la protection des lanceurs d’alerte ainsi que l’indépendance de la justice. Il considère que la lutte contre la corruption restera inefficace tant que ceux qui dénoncent les abus demeureront exposés aux représailles et que les auteurs de détournements continueront à bénéficier de l’impunité.

La septième réforme invite les partis politiques à revoir leurs modes de recrutement interne. Selon lui, les formations politiques doivent privilégier l’expertise plutôt que la fidélité partisane afin d’améliorer la qualité des futurs responsables publics.

Enfin, la huitième réforme consiste en l’adoption d’une loi sur la protection, la promotion et l’utilisation de l’expertise nationale. Ce texte prévoirait notamment la création d’un registre national des experts, la reconnaissance de l’expérience professionnelle, une préférence accordée aux compétences congolaises et à la diaspora ainsi que l’interdiction des nominations fondées sur l’appartenance politique, l’origine ou les liens familiaux.

Un Pacte de Méritocratie Politique en quatre engagements

Conscient que ces réformes réduisent le pouvoir discrétionnaire des dirigeants, Jean Bamanisa Saïdi appelle à la signature d’un Pacte de Méritocratie Politique reposant sur quatre engagements majeurs.

Le premier consiste à renoncer aux nominations partisanes pour privilégier des technocrates compétents, sélectionnés par des commissions indépendantes.

Le deuxième repose sur des piliers patriotiques : la protection des ressources naturelles, la construction d’une administration stable et éthique ainsi que l’obligation de résultats pour tous les responsables publics.

Le troisième engagement prévoit des mécanismes de contrôle vérifiables, avec une transparence totale sur les nominations et les marchés publics, des évaluations publiques annuelles et des audits réguliers de l’Inspection générale des finances.

Enfin, le quatrième engagement met en avant les bénéfices attendus de cette gouvernance fondée sur le mérite : un secteur des infrastructures assaini, une agriculture plus performante, une meilleure gestion des ressources nationales ainsi qu’une sécurité renforcée dans l’Est du pays.

Le dialogue national ne doit pas ignorer la question de la gouvernance

La troisième partie de la tribune intervient alors que la RDC s’engage dans un processus de dialogue national inclusif.

Jean Bamanisa Saïdi salue cette initiative tout en estimant qu’elle risque de manquer son objectif si elle ne traite pas la question centrale des modes de désignation des responsables publics.

Selon lui, toutes les grandes réformes institutionnelles — qu’elles concernent la Constitution, la justice, la défense, les élections, les ressources naturelles ou l’organisation territoriale — dépendront toujours de la qualité des femmes et des hommes chargés de les appliquer.

Il demande ainsi la création d’un chantier spécifique consacré à la gouvernance, à la méritocratie et à la redevabilité, articulé autour de cinq questions fondamentales :

– Qui nomme et selon quelle procédure ?

– Sur quels critères de compétence ?

– Avec quels objectifs de résultats ?

– Sous quelles sanctions en cas d’échec ?

– Comment garantir la continuité des réformes par la loi ?

Le sénateur met également en garde contre le risque de transformer le dialogue en simple partage de postes. Pour lui, les experts doivent y participer en raison de leurs compétences et non au titre de quotas politiques.

Il avertit enfin qu’aucune fonction publique ne devrait être attribuée comme récompense à des groupes armés ou à des acteurs ayant recouru à la violence, estimant qu’une telle logique encouragerait de nouveaux conflits.

« La RDC ne manque pas de talents »

Dans sa conclusion, Jean Bamanisa Saïdi dresse un vaste inventaire des compétences dont dispose déjà le pays : ingénieurs, urbanistes, agronomes, géologues, économistes, fiscalistes, experts-comptables, informaticiens, forestiers, logisticiens, statisticiens et de nombreux autres spécialistes.

Il affirme que ces compétences existent aussi bien à l’intérieur du pays qu’au sein de la diaspora, mais qu’elles restent insuffisamment mobilisées au profit de l’État.

Pour l’auteur, la véritable faiblesse de la RDC ne réside pas dans l’absence de ressources humaines qualifiées, mais dans les mécanismes de sélection et de gouvernance qui empêchent ces compétences d’accéder aux responsabilités.

Un appel solennel à la classe politique

Jean Bamanisa Saïdi conclut sa tribune par un appel adressé aux dirigeants de la majorité comme de l’opposition, aux acteurs de la société civile, aux opérateurs économiques, aux technocrates ainsi qu’aux leaders d’opinion afin qu’ils adhèrent au Pacte de Méritocratie Politique par un Renouveau Technocrate, Patriotique et Nationaliste.

Son message se résume en une formule qui constitue le fil conducteur de toute cette réflexion :

«« Le mérite n’est pas une composante politique, et il ne saurait faire l’objet d’un quota. Une nomination n’est pas une récompense : c’est un contrat de résultats. »»

Il conclut enfin sur une image symbolique :

«« Le Wakanda est une fiction. La RDC, par contre, existe — il lui faut seulement des vrais, bons et patriotes gestionnaires. Ensemble, transformons notre géant endormi en une puissance africaine respectée. »»

LB le sang Royal

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